Idée d'une symbolique universelle



La diversité des emplois des symboles religieux ne doit pas faire oublier la présence, parfois frappante, d'éléments communs. Si certains d'eux peuvent s'expliquer par influences extérieures, de nombreux auteurs, comme Mircea Eliade ou C.G. Jung ont postulé l'existence d'une symbolique archétypale universelle, dans laquelle les éléments de la nature, du cosmos et du monde humain pouvait revêtir une signification ou une fonction religieuse spécifique, dans le sens où ils peuvent représenter, d'une façon ou d'une autre, une réalité proprement spirituelle. L'idée a fait son chemin depuis, bien que fortement contestée par les tenants du relativisme culturel et du diffusionisme culturel.

Tout cela tend à montrer que les frontières ne sont pas étanches entre les religions. La présence du symbole d'une religion dans une autre religion, si elle peut être dû à une influence culturelle, relève souvent d'une nécessité intrinsèque.

Par exemple, on peut constater l'emploi de l'étoile de David, proprement juive, dans l'architecture chrétienne. Dans la mesure où le Christianisme affirme que Jésus est le Messie fils de David, pour parler selon les termes du judaïsme, la présence de ce motif s'explique aisément.

Cathédrale de Bâle

Cathédrale de Burgos

Eglise saint Martin de Limoux


De même, la menorah, le chandelier à sept branches du judaïsme, est également présente de façon plus ou moins consciente dans le Christianisme, comme à la Basilique du Sacré Coeur, à Paris, où le Saint Sacrement est entouré de six chandelles. Il en manque une, la septième, dont le rôle est rempli par le Crucifix:






Basilique du Sacré-Coeur de Montmartre

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Cela tombe bien: la septième chandelle est appelée "serviteur" dans le judaïsme, ce qui correspond bien à l'identification de la figure du Serviteur Souffrant du le livre d'Isaïe à Jésus-Christ.

De même, le Croissant et l'Étoile, symboles de l'Islam, se retrouvent dans les drapeaux de la plupart des pays musulmans:

Drapeaux musulmans avec le croissant de lune et l'étoile


Mais ce symbole remonte en fait à l'époque byzantine, qui avait eu comme premier emblème un croissant et une étoile. A l'époque païenne, la ville était consacrée à la déesse Hécate, déesse de la Lune. Constantin et les Empereurs Chrétiens établis à Byzance ont conservé ce symbole, même s'ils voulaient justement fonder une ville rompant avec la Rome païenne. C'est que la lune peut être symboliquement associée à Marie, qui, dans la vision de l'Apocalypse (Jean 12:1), a la lune "sous ses pas." L'étoile fut ajoutée pour souligner l'identité mariale du symbolisme - la Vierge Marie étant 'l'étoile de la mer'. Les Turcs reprirent ce symbolisme, et se voulant les continuateurs de l'Empire Byzantin, le mirent peu à peu sur les étendards. Les pays issus du démembrement de l'Empire Turc le conservèrent, puis les pays musulmans en général (à de rares exceptions près comme l'Iran ou l'Arabie Séoudite).

Monnaie byzantine avec étoile et croissant

Monnaie byzantine avec étoile et croissant

Drapeau de la ville de Byzance


Comme on le voit par ces quelques exemples, la symbolique tend à dépasser les frontières étroites d'une religion déterminée, même si au sein de celle-ci elle acquiert un contenu spécifique. Cela pour introduire l'idée que la Croix peut avoir une signification qui dépasse le christianisme proprement dit.